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Professionnels ayant peur du jeu

Pourquoi certains adultes ont peur de jouer – Des pistes d’analyse et de solution

Pourquoi certains adultes ont peur de jouer (6 croyances limitantes) ?

En ludopédagogie ou dans le cadre d’une gamification pédagogique avec des adultes, certains de ceux-ci pourraient présenter une opposition face au jeu ou à l’activité de jouer (même si cela leur est utile).

En tant que ludopédagogue, que faire ? Je vous propose quelques pistes d’analyse et de recherche afin de trouver des solutions adaptées.

« Moi, je n’aime pas les jeux… », « Je considère le jeu comme une activité pas sérieuse ou inutile… », « Je ne joue jamais à des jeux car je suis un adulte », « Les jeux, ça ne marche pas avec moi », etc. Voila des exemples de phrase face auxquelles un ludopédagogue peut se retrouver en contexte d’apprentissage ou de formation professionnelle. Lorsque l’on forme régulièrement, on a tous été confronté plusieurs fois à cette situation.

Les causes peuvent être variées :

  • La peur de l’échec
  • Un rapport particulier à la compétition
  • Une difficulté face à la complexité
  • Un besoin de contrôle
  • Une crainte du jugement
  • Une obsession de la productivité
  • Etc.

Un joue comme on est, avec notre personnalité, nos qualités, nos défauts, nos compétences, nos biais cognitifs, nos craintes, nos motivations, nos peurs ou nos envies. Le jeu peut devenir un formidable outil d’observation de nos personnalités ou de nos comportements (au naturel), un véritable espace de découverte de soi-même.

Dans mon activité quotidienne, je forme des groupes de tout âge (enseignement supérieur, formation continue de professionnels adultes) et j’utilise des serious games pédagogiques adaptatifs assez sophistiqués (de ma création) pour développer et évaluer l’amélioration des compétences de travail en équipe projet, en équipe agile (travail collectif et coopératif), d’analyse et de résolution de problème (travail coopératif), de gestion de l’humain, de gestion de la communication et de gestion de la performance organisationnelle. Ces expériences ludiques immersives (jeu intégrant les principes du jeu de simulation et du jeu de rôle) permettent aux apprenants, adultes, de faire émerger des traits significatifs, individuels ou collectifs, dans un cadre sécurisé et sans impact dans la vie réelle (principe du fameux cercle magique »).

De part les disciplines que j’enseigne, je suis partisan de faire résoudre les problèmes par l’équipe elle-même, adoptant un rôle de facilitateur. Les groupes d’apprenants, constitués en équipes (un travail en équipe projet est différent d’un travail en groupe) doivent développer leur compétence en introspection, en auto organisation et en amélioration continue (principe qualitatif).

Pour que cela fonctionne, il faut que les participants (apprenants) soient amenés par le ludopédagogue dans le flow (en immersion). S’ils sont en résistance (peur de joueur), cela ne fonctionnera pas. Cette vidéo de Romain Pichon-Sintes (Ludogamie) pourra vous aider à analyse les causes de cette peur de jouer.

Oui mais que faire si on se retrouve dans cette situation ?

Il n’y a pas de recette miracle ou générique. Il ne suffit pas de suivre quelques éléments issus d’une liste à puces dans une petite fiche synthétique (la fameuse fi-fiche des documentalistes ou de certains enseignants). C’est le plus souvent du cas par cas. En illustration, je peux vous expliquer en synthèse ce qui fonctionne pour moi et mes activités ludopédagogiques.

1ère piste de solution :

  • J’utilise très rarement le mot jeu, activité ludique ou ludopédagogique. Ce sont plus souvent les apprenants qui, à un moment, évoquent ces termes (sans que je m’y attarde).
  • Je parle d’activité immersive (dans un contexte) ou d’activité collective (ou de groupe). Je les embarque tous dans une activité coopérative ou par groupe (compétitive)
  • J’utilise naturellement une terminologie ambigüe en relation avec le jeu (jeu de société, jeu vidéo, escape game, etc.) comme « défi collectif », « parcours », « score », « réussite », « échec », « performance », « score », « podium », « super-pouvoir », etc. J’utilise cette terminologie pendant tous mes cours et mes formations, pas seulement au moment de mettre les apprenants dans l’action. La transition est complétement transparente pour eux car, du point de vue « terminologie », ils sont déjà en immersion par le langage.
  • J’associe également, selon les publics, une terminologie cinématographique ou du domaine de la « Fantasy ». Je m’appuie alors sur une accroche culturelle en commun (les fameux communs partagés).
  • J’intègre également, lorsque c’est possible, des brides de terminologie techniques ou métier en rapport avec le domaine enseigné ou la spécificité des apprenants présents.

Par expérience et observation (me concernant), j’ai pu constater que la mutualisation de ces 3 types de terminologie, à des doses variés selon le contexte et les apprenants concernés, faisaient « sauter » tous les verrous de peur ou d’appréhension par rapport au jeu pédagogique ou au jeu tout court. C’est, en outre,  grâce à une expérience de plus de 13 ans que j’ai pu affiner cette compétence à trouver, à la volée et en temps réel, le bon équilibre terminologique en me basant sur l’observation du contexte, des apprenants et des événements pendant les sessions de cours ou de formation.

Pourquoi cette approche terminologique fonctionne (avec moi) ?

Au cours de ma carrière (1986 / 2026), une quarantaine d’années, j’ai acquis des connaissances et développé des expertises assez avancées dans des domaines variés et le plus souvent très spécialisés. Ces compétences ont été acquises notamment grâce à des expériences dans le domaine de l’innovation (biomédical, scientifique, technologique, numérique, ludopédagogique). Dans ces domaines, on développe une grande ouverture d’esprit, l’observation multicritère, la quête de l’au-delà (au sens de ce qui n’existe pas encore et au delà des limites amenées par le traditionalisme et le conformisme). Bref, on développe notre capacité à sortir des cases et de la catégorisation (ce qui existe déjà). Notre fonctionnement naturel est d’observer les choses, notre environnement, d’aller voir ce qui se passe derrière les barrières, d’expérimenter et d’aller chercher au delà de ce qui est visible ou existant, à un moment donné). On peut ainsi adopter un comportement adapté à n’importe quelle situation (ce que je fais à chaque session ludopédagogique). Qualiopi va à l’encontre de cela en nécessitant de figer un plan pédagogique détaillé ne laissant pas la place à de l’adaptabilité.

2ème piste de solution :

  • Mes domaines d’enseignement sont étroitement associés à la « maîtrise du temps » (je préfère ce terme à la gestion du temps, n’impliquant pas nécessairement l’efficacité), ainsi qu’au développement itératif et incrémental (type agile, développement d’innovation, exploitation de l’IA générative, etc.). Les activités immersives que je propose s’opèrent toujours dans des boites de temps fixées (certains reconnaitront la notion d’itération ou de sprint). Le timeboxing, 1er garant de maîtrise du temps, se retrouve dans l’approche agile et de nombreux défis existants dans les jeux (mission limitée dans la durée, événements déclenchés automatiquement au bout d’un certain temps en cours de mission ou de jeu, etc.). J’utilise donc ce format de timeboxing comme référence technique (ou métier) et ludique en associant les 2 univers autour d’un même formalisme. L’immersion lors des activités ludiques s’en trouve renforcée.
  • J’alterne le formalisme des activités immersives que je propose à mes apprenants. J’utilise 3 types d’alternances :
    • Alternance des modes pédagogiques (gage d’efficacité pédagogique selon la science) : passif (magistral, démonstratif, questionnement), actif (ludopédagogie, gamification, classe inversée,
    • Alternance des modes ludopédagogiques : jouer à un serious game pédagogique, serious gaming (détournement d’un jeu existant), apprentissage par la création d’un serious game pédagogique
    • Alternances des types de flow

Pourquoi cette approche formaliste fonctionne (avec moi) ?

Par l’observation (multicritère) constante des apprenants et de leurs comportements, je propose et je mets en place un formalisme adapté au contexte, à la situation, aux apprenants participants et à mes objectifs pédagogiques. Même des groupes de même « niveau » (Bachelor, BUT, licence, master 1, master 2, ingénieur, mastère spécialisé, doctorants, chef de projet, experts métier, managers, dirigeants) sont différents car ils sont constitués avant tout d’humains.

Mais comment faire tout cela en direct, en plus de son travail de pédagogue en cours ou en salle de formation ? Il faudrait être plusieurs ?

C’est presque cela (me concernant). Je suis HPI et cela me permet d’acquérir une multitude d’information en parallèle et de faire plusieurs tâches en même temps, tout en trouvant cela plaisant et amusant.

  • Si vous êtes un HPI, vous pouvez vous inspirer de l’approche qui fonctionne pour moi et nous faire faire un retour concernant le résultat.
  • Si vous n’êtes pas HPI, vous pouvez prendre et essayer des éléments de mon approche qui vous sembleraient intéressants et accessibles. Faites nous un retour concernant vos résultats.

Thierry Secqueville
Ludopédagogue de l’extrem / Serious Game Designer / Conférencier
Ludopédagogie, gamification, conception de serious games, IA, Agile, gestion de projet, nouvelles technologies